Et je choisis de vivre

Comme une envie de poser ces mots ici… de partager avec vous ce que j’ai vécu il y a 8 ans…
Ce 7 mai 2012. J’étais hospitalisée depuis la veille au service des grossesses pathologiques suite à la cholestase (dysfonctionnement du foie) diagnostiquée au cours de ma grossesse. Il fallait déclencher l’accouchement car au delà de 38s ça peut mettre le bébé en danger.
Alors nous voilà tout prêts du but, à quelques heures de la rencontre avec notre fils. Ça prend un peut de temps, mais me voilà enfin en travail et en salle d’accouchement en début de soirée.
C’est pour cette nuit c’est sûr !
8 mai, il est 00h10, lorsque la sage femme pose mon fils sur moi. Ce moment ne dur pas puisqu’elle le reprend pour faire ses soins. A ce moment là, nous sentons, mon mari et moi, qu’il se passe quelque chose d’anormal… la sage femme, seule avec l’auxiliaire, nous explique qu’il faut qu’elles l’aident à respirer car il n’y était pas arrivé tout seul. Puis des infirmières accourent dans la pièce, suivies de la pédiatre.
« Ne vous inquiétez pas! » nous lancent elles; mais comment ne pas paniquer ?!! Nous ne comprenons rien de ce qui se passe ! Puis la couveuse avec Sohan à l’intérieur passe devant nous pour rejoindre le service de pédiatrie ; je ne peux retenir mes larmes. Ma mère qui avait senti que quelque chose ne se passait pas comme prévu nous avait rejoint 🙏🏼 Après une attente interminable, on vient enfin nous annoncer que notre fils va être transféré à l’hôpital de saint Étienne où il va être pris en charge. L’hélicoptère arrive. Nous pouvons descendre le voir en pédiatrie avant son départ. Il est si beau, et c’est tellement dur de le voir intubé. Il est 3h du matin lorsqu’il arrive sur place, en réanimation pédiatrique. Nous, nous sommes dans cette chambre de la maternité, sans lui. Mais pourquoi? Ce n’est pas comme ça que ça devait se passer… rendez moi mon fils. Il était si bien dans mon ventre. Je veux me réveiller de cet horrible cauchemar…

Le matin du 8 mai nous voilà en route pour le rejoindre. Arrivés sur place, on m’installe dans ma chambre en maternité. Quelle angoisse d’y dormir… nous serons ensuite hébergés dans une maison en face du CHU qui accueille les familles d’hospitalisés afin de rester au plus près.
A notre arrivée nous ne souhaitions qu’une seule chose, retrouver notre fils au plus vite. Alors nous descendons dans le service de réa où il se trouve. Le voilà dans un box du service, dans une couveuse, endormi avec des tas de fils sur lui. Les médecins nous expliquent tout ce qu’ils vont faire (hypothermie pendant 3 jours pour préserver son cerveau, examens, IRM, EEG…)
Nous passions chaque journée à ses côtés. Le rituel d’entrée dans le service n’avait plus de secret pour nous : sonner, se présenter, enfiler blouse et sur chaussures, se désinfecter les mains…
Le 12 mai, Sohan commence à se réveiller et nous pouvons enfin le toucher ! Chaque jour qui suivirent, nous lui faisions sa toilette, des massages et beaucoup de peau à peau… je tirais aussi mon lait pour qu’il lui soit transmit par sonde.
Les médecins ne nous cachent rien et nous expliquent que le manque d’oxygène à la naissance pouvait laisser de lourdes séquelles neurologiques à notre fils. Un jour on nous dit qu’il peut s’en sortir, qu’il faut patienter, l’autre qu’il n’y a que très peu d’espoir… pour nous, ce sont les montagnes russes émotionnelles, l’impression d’être en décalage complet avec la réalité… . Puis Le verdict tombe, les noyaux gris du cerveaux ont été trop atteints suite au manque d’oxygène, les liaisons sont trop profondes… nous ne pouvons pas continuer les soins; les médecins nous proposent de faire venir quelques membres de la famille qui souhaite le voir. Puis, le 27 mai, il mettent Sohan en phase de soins palliatifs… son décès peut arriver à tout moment. Alors nous nous relayons, mon mari, ma mère et moi pour l’avoir dans nos bras lors de son dernier souffle. Nous sommes autorisés à passer la nuit à ses côtés. Ce ne sera que le lendemain, le 28 mai a 16h, que notre ange s’est envolé, dans les bras de son papa 🌟

Et puis vient le après… l’organisation des funérailles, le retour à la maison avec cette chambre qui lui était dédiée, si vide… faire face aux différents comportements des gens, ceux qui ne savent pas « alors, ça y est, tu as accouché? » les maladroits: « vous êtes jeunes, vous en aurez d’autres… »
bref, le retour à la réalité, sans lui.
Puis, je crois que le pire après la mort, c’est l’oubli. Ouvrir ton compte caf et voir écrit « vous n’avez pas d’enfant », ne plus entendre parler de lui. En général, les gens sont gênés ou ont peur de nous faire du mal en prononçant son nom, alors que le silence est parfois plus douloureux. Nous sommes passés par toutes les émotions. Chacun a notre rythme. C’est ça aussi qui est compliqué… dans le couple, nous avons vécu cela chacun à notre manière et c’est une autre épreuve que de vivre ça différemment. Nous sommes passés par des périodes très compliqués qu’il a fallut surmonter. Vivre la perte d’un enfant c’est comme si on t’arrachais une partie de toi, c’est une douleur immense et insupportable. « Vous ne méritez pas ça, m’a t on dit plusieurs fois… » mais qui le mérite ? PERSONNE.
Il faut faire du chemin pour se reconstruire, mais franchement ça vaut le coup d’accepter, ça vaut le coup de vivre.
Son passage sur terre, même s’il fut court, a transformé notre vie et celles d’autres personnes. Et ce n’est pas parce qu’il est mort, qu’il a arrêté d’exister 🌟
J’aime beaucoup cette phrase que j’ai entendu dans le film @etjechoisisdevivre « les vivants ferment les yeux des morts et clés morts ouvrent les yeux des vivants »
Merci à vous d’avoir pris le temps de lire ces lignes, que j’avais besoin de partager… 8 ans après 🌟🙏🏼